
Votre chien passe ses journées à dénoncer le capitalisme, les dominations systémiques et la violence symbolique du monde moderne. Jusque-là, très bien. Le problème, c’est qu’il tient ce discours un verre de champagne à la patte, depuis le canapé en velours d’un mécène qui finance son court-métrage sur la souffrance ouvrière.
Il faut peut-être accepter l’évidence : votre chien est radical chic.
Les 5 signes que votre chien est radical chic
1. Il ne chasse plus les écureuils : il leur tend un micro
Autrefois, votre chien tuait les écureuils.
Aujourd’hui, il les invite dans son podcast pour recueillir leur parole, documenter leurs traumas et déconstruire les rapports de domination entre canins et nuisibles.
Il n’a rien résolu.
Mais il a gagné 300 abonnés sur Patreon.
2. Il vous explique qu’une voiture est immorale… depuis une Porsche Cayenne
Votre chien méprise l’automobile, l’individualisme motorisé et la logique consumériste qui détruit la planète.
Puis il monte sans sourciller dans le SUV de son mécène, en précisant qu’il ne faut pas confondre confort bourgeois et compromission idéologique.
Vous n’êtes pas convaincu.
Lui non plus, d’ailleurs, mais les sièges chauffants aident beaucoup.
3. Il appelle ses siestes “une sortie de l’injonction à la performance”
Votre chien dort 16 heures par jour, ne produit rien, ne range rien et ne contribue à rien d’autre qu’à l’écrasement progressif de vos coussins.
Mais si vous osez parler de paresse, il vous corrige immédiatement : ce qu’il pratique, c’est une forme de résistance au productivisme néolibéral.
Vous vivez donc avec un animal profondément inutile, mais théoriquement très solide.
4. Il déteste les milliardaires, sauf celui qui finance son film
Pour votre chien, l’accumulation du capital est obscène.
La richesse est indécente.
Les élites doivent être combattues.
Sauf, bien sûr, ce producteur milanais de 62 ans qui lui avance 80 000 € pour un court-métrage muet sur la solitude des hérissons face à la gentrification.
Là, bizarrement, la lutte attendra lundi.
5. Il hait les riches, mais surtout ceux qui ne l’invitent pas
Votre chien adore dénoncer les privilèges.
En revanche, il supporte très mal qu’une soirée privée, un vernissage ou un dîner militant avec buffet vegan ait lieu sans lui.
Ce n’est pas tant l’injustice sociale qui le blesse.
C’est de ne pas être sur la liste.
Comment réagir face à un chien radical chic ?
Faites-lui vivre la vraie décroissance
Coupez le chauffage.
Pas “baissez d’un degré”, non.
Coupez tout.
À partir de -2 °C dans le salon, il cessera peut-être de citer Gramsci en peignoir pour redécouvrir les vertus de la social-démocratie tempérée.
Remplacez son café militant par un café d’aire d’autoroute
Votre chien boit un espresso équitable à 12 € en parlant de justice sociale.
Servez-lui à la place un café tiède de machine d’autoroute, goût plastique et désespoir.
S’il grimace, c’est que la révolution avait malgré tout quelques critères de qualité.
Confrontez-le à quelqu’un qui travaille vraiment
Invitez un pêcheur, un couvreur ou n’importe quelle personne debout depuis 4h30 du matin depuis trente ans.
Puis laissez votre chien lui expliquer tranquillement la lutte des classes entre deux siestes digestives.
Le spectacle devrait suffire à le faire taire. Ou à vous faire beaucoup rire.
Conclusion
Vous avez voulu tester la sincérité de ses convictions.
Vous l’avez donc inscrit dans une commune anticapitaliste perdue au milieu de nulle part, persuadé qu’il y trouverait enfin la cohérence qu’il prêche à longueur de journée.
Il est reparti au bout de six heures.
Apparemment, “l’autogestion” perd beaucoup de charme dès qu’elle implique de faire la vaisselle, couper du bois ou partager une salle de bain avec des gens qui sentent réellement la décroissance.
Que faire si mon chien est de gauche ? et ses suites vous feront découvrir d’autres chiens tout aussi pénibles — entre régionalistes, bourgeois, militants, complotistes ou simplement insupportables avec un tote bag.


